Rencontre : Vincent Pagé

Vincent Pagé est un artiste bien connu dans notre région. Véritable boute-en-train, l’humoriste est déjà passé à plusieurs reprises par la MCFA et était au début de sa tournée avec le spectacle « Un Pagé dans la mare » lorsque le confinement est survenu. Entretien avec celui qui livre le courrier le matin et fait rire l’après-midi !

Comment vas-tu en ce moment ?

Ça ne va pas trop mal. Evidemment, les spectacles sont à l’arrêt, c’est clair. Moi j’ai la chance d’avoir mon autre métier (Vincent Pagé est aussi facteur ; ndlr) que je n’ai jamais lâché. Je bosse quand même d’un côté. Pour les spectacles c’est dur mais je prends ça avec philosophie.

Tu étais en tournée avec ton spectacle Un Pagé dans la mare quand le premier confinement a eu lieu. Comment l’as-tu vécu ?

Les premières 24h ont été très dures quand j’ai vu les dates qui s’annulaient, s’annulaient, s’annulaient. Tu te dis « houla », ça m’a fichu un coup au moral et puis j’ai rebondi tout de suite en me disant qu’il fallait accepter la situation, c’est comme ça. Je me suis tout de suite orienté vers autre chose !

Tu as eu l’occasion de jouer ton spectacle avant la deuxième vague, comment ça s’est passé ?

J’ai eu énormément de chance oui ! J’ai joué à la Comédie en Île de Liège du 20 août à début septembre et c’était vraiment super. A ce moment-là, ils ne pouvaient pas mettre la jauge au maximum donc j’ai doublé mes représentations, je jouais devant 50 personnes, puis encore 50… Et comme on était en configuration cabaret et que les gens étaient aux tables, ils n’étaient pas obligés de mettre le masque, certains le mettaient et d’autres pas puisqu’ils consommaient. Après, ça a encore changé parce qu’ils ont élargi les bulles, il fallait 1m de distance, puis 1,5m… Mais la reprise a été très dure parce qu’il faut savoir que « Un Pagé dans la mare » a vu le jour en novembre donc on avait fait une trentaine de dates et on commençait seulement à trouver nos marques, le rythme et à s’amuser vraiment. Après ça, je suis resté quatre mois sans jouer donc à la reprise j’étais mort de trouille. C’était comme une première avec un stress pas possible. D’ailleurs j’ai loupé un sketch, je ne me suis pas planté, je l’ai zappé entièrement ; à un moment je vois qu’on me met un éclairage et je me dis « mais pourquoi on me met ça ? » et c’est à la fin que je me suis dit « ah merde, l’éclairage ! Quel con ! » Et c’était très drôle parce que les gens étaient enchantés, ça s’est super bien passé et je leur ai expliqué que je m’étais planté, que c’était comme une première avec le stress et que donc j’avais loupé une petite capsule. Je leur ai proposé de la faire et ils étaient hyper emballés donc on a recommencé ce moment.

Dans tes spectacles tu t’inspires du quotidien, de « tronches de vie » pour faire référence au précédent, comment on observe le monde quand on est chez soi ?

J’ai la chance d’être toujours dehors avec mon boulot de facteur donc je vois des gens ! C’est de l’observation. J’observe beaucoup le comportement des gens, leur manière de répondre à telle ou telle situation. Tout vient de l’observation parce que même en confinement je vois encore des gens comme je le disais.

Comment vois-tu l’avenir de la culture ?

Je ne sais pas du tout comment ça va aller et on s’adaptera avec ce qui viendra. Pas plus tard qu’il y a deux jours, je me demandais si on allait revoir des Forest National avec 8000 personnes ? Est-ce que je reverrai des centres culturels de Marche-en-Famenne ou de Ciney avec 500 places ? Est-ce que je revivrai ça un jour ? Peut-être pas, que ce sera des demi-jauges ou que ça va repartir, je ne sais pas. Je pense que les gens vont avoir un peu de mal à repartir et qu’il va falloir du temps. Ils ont envie de sortir mais en même temps ils sont méfiants et ils ont peur. Ça va prendre du temps.

Si tu devais donner une définition de la culture à ceux qui la trouvent non-essentielle, quelle serait-elle ?

Je leur montrerais la photo qui est derrière moi, c’est un théâtre désaffecté. Les gens qui trouvent que la culture est non-essentielle, il y en a ! Il y en a plein qui ne vont pas au théâtre, au cinéma… parce que ça ne les intéresse pas mais il en faut pour tout le monde. Mais que leur dire ? Venez nous voir, venez rêver ! La culture, ça permet de s’évader, d’ouvrir son horizon, de partir. C’est comme quand tu es dans une partie endiablée de cartes, tu ne penses pas aux problèmes que tu as avec ta voiture, à tes soucis et c’est ce que permet la culture ! Venez vous évader avec nous.

Quel est ton avis sur le statut d’artiste aujourd’hui en Belgique ?

Moi je ne l’ai pas. J’ai fait le choix de ne pas le demander parce que je voulais garder mes deux métiers et si je l’avais eu, j’aurais dû quitter mon poste de facteur. Je ne le regrette pas du tout parce que quand je vois les personnes qui tournent avec moi, quand ça s’est arrêté, ils n’ont rien eu et ils n’ont rien d’autre ! Le statut d’artiste, c’est très difficile. L’avoir, c’est une chose mais après, il faut travailler parce qu’il y a aussi des gens qui ont le statut d’artiste mais qui ne travaillent pas. Alors qu’est-ce que ça devient ? Du chômage déguisé ? Je n’ai jamais voulu ce statut, je suis indépendant complémentaire, j’ai un registre dans les arts du spectacle et de la parole, je paie mes lois sociales comme un petit entrepreneur ?

Et ce n’est pas compliqué du coup de vivre comme indépendant dans cette période où il n’y a aucune représentation ?

Si, ça a été compliqué ! J’ai 54 ans, je fonctionne comme indépendant depuis 2002. J’ai créé des spectacles, ma boîte et elle fonctionne bien. Quand tu crées un spectacle, tu tournes pendant deux voire trois saisons. Tu anticipes, tu sais ce qui va rentrer et tu connais plus ou moins ton chiffre d’affaire donc quand ça ne rentre plus, c’est là que ça devient compliqué parce que les lois sociales continuent de tomber. J’ai la chance d’avoir mon spectacle reconnu par Arts & Vie donc mes contrats qui avaient été signés interviennent quand même, je ne perds pas.

Quelle est la suite des événements pour Vincent Pagé ?

Pas encore de nouveau spectacle parce que je veux tellement vivre celui-ci. J’ai joué 30 dates alors qu’il y en avait 160 de programmées ! On a dû reporter encore et encore, et ce qui l’avait été en janvier-février l’a de nouveau été donc j’espère d’abord vivre ce spectacle avant de penser à un autre. Heureusement, il y a de belles dates qui arrivent et on a réussi à reporter environ 95% des dates concernées. Je fais notamment le spectacle d’ouverture du Festival du Rire de Rochefort !

Posts created 45

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut